Navette Bruxelles - La Panne

Au chapitre « Le Chant des truelles », Philippe Dumont[1] décrit les incessants chantiers de construction qui émaillent les dunes de La Panne : « C’est alors qu’une musique étrange devenait perceptible. C’était les mille truelles de l’orchestre des maçons, construisant les villas de mes oncles Alexis, Jacques, Pierre, de mes cousins Gustave et Myriam »[2].

La collaboration entre père et fils se prolonge dans le développement du quartier Dumont à La Panne. Alexis signe un plan de situation joliment coloré et le fait publier en 1904 (fig.  2). L’avènement du tourisme balnéaire donne naissance, au tournant du siècle, à des projets d’urbanisme de même nature en divers endroits. Albert Dumont lui-même avait déjà travaillé auparavant sur Nieuport et Hardelot-Plage dans le Nord de la France.

Si le plan du quartier Dumont se distingue, c’est qu’il prend en compte le paysage de dunes : les routes et chemins suivent les ondulations naturelles du terrain. Un atout apprécié sur le plan touristique. « À lui [Albert Dumont] l’honneur d’avoir sauvé La Panne de la banalité, d’avoir su s’opposer à la rapacité des propriétaires en leur faisant refuser le droit de s’emparer de tout terrain disponible, en les obligeant à laisser autour des chalets de gracieux jardinets »[3]. Le lotissement compte alors 35 cottages. Nous pouvons en attribuer deux à l’architecte bruxellois et fils de charpentier Georges Hobé (18541936), quatre à un certain Demany, sept à l’architecte Jozef Viérin (1872-1949) et vingt-et-un à Albert et Alexis Dumont[4]. Quand Philippe Dumont (né en 1914) cite la phrase ci-dessus, nous sommes au début des années 1920. La formule illustre l’intense activité de construction dans le quartier Dumont. Entre 1902 et 1914, les Dumont y édifient plus de 60 cottages. Alexis ajoutera à cela quelques villas au début des années 1920. Il entretiendra toujours un lien avec La Panne. En effet, une grande partie de cette nombreuse famille s’y fixera définitivement.

Durant la même période, père et fils dessinent aussi ensemble des maisons bourgeoises dans les quartiers nord et sud-est de Bruxelles (Etterbeek, Extension Est, Ixelles, Extension Sud et Saint-Gilles).

Leur collaboration connaît son paroxysme dans le style éclectique de l’Université du Travail de Charleroi. Le concours a lieu en 1905 et la réception en 1911. L’ouvrage est considéré comme le premier projet dont Alexis Dumont donne le ton. Les contemporains apprécient le plan inédit et le choix de matériaux modernes pour un établissement d’enseignement. Le style fait figure d’exemple de l’architecture nationale[5]. Vraisemblablement, c’est à partir de 1912 environ qu’Alexis Dumont commence à travailler dans une indépendance croissante. Quant à Albert Dumont, il se concentre sur la question de l’urbanisme à Bruxelles et alentour[6].

Texte basé sur l’article « Alexis Dumont. 60 ans d’urbanisme et de construction », Verhofstadt, T., Bruxelles Patrimoines, n°32, décembre 2019, p. 148-157. 

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[1] Philippe Dumont (1914-1988) était un neveu et collaborateur d’Alexis Dumont. Il a publié en 1981 un ouvrage intitulé La Panne. Chronique d’un temps perdu, où il évoque ses souvenirs de jeunesse à la côte belge.

[2] DUMONT, Ph., La Panne. Chronique d’un temps perdu, Louis Musin éditeur, Bruxelles, 1981, p. 108.

[3] La Panne. Guide illustré, Blineau & Pieters, Veurne, 1910, p. 3.

[4] BRAN, A., L’œuvre d’Albert Dumont à La Panne, Inventaire provisoire des œuvres d’Albert et Alexis Dumont au Littoral Belge et de quelques autres architectes de La Panne, ISACF- La Cambre, 1994, p. 74 (rapport final non publié).

[5] BODSON, F., « L’Université du Travail à Charleroi », dans Tekhné, 12, 1911, p. 132-135.

[6] DUMONT, A., « Quelques règles à suivre pour le tracé des quartiers nouveaux suburbains », dans Premier Congrès international et exposition comparée des villes, Gand 1913, Bruxelles, 1914, section I, pp. 149- 153 ; Idem, « Quelques règles pour la transformation des quartiers anciens dans les vieilles villes. Conservation des anciens monuments et de l’aspect général des centres intéressants », dans Premier Congrès international et exposition comparée des villes, Gand 1913, Bruxelles, 1914, section I, pp. 155- 156. Alexis Dumont apporte aussi sa contribution. Voir : DUMONT, A., Le village moderne à l’exposition universelle et internationale de Gand 1913, Bruxelles, 1913, p. 106- 108.

 

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